OCC : la chute d’un système, la suspension conservatoire du DG et le signal d’un État qui veut reprendre le contrôle
Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | Actungolo.com | +243834344477
La suspension à titre conservatoire du Directeur Général de l’Office Congolais de Contrôle (OCC), Étienne Tshimanga Mutombo, décidée ce lundi 16 février 2026 par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, marque un tournant majeur dans la gouvernance des structures stratégiques de régulation du commerce en République démocratique du Congo.
UN SÉISME ADMINISTRATIF AU CŒUR DU DISPOSITIF DE CONTRÔLE DU COMMERCE EXTÉRIEUR
L’OCC n’est pas une institution ordinaire. Il constitue l’un des piliers techniques de la régulation des importations et exportations, garant de la conformité des produits, de la protection du consommateur et de la sécurisation des recettes de l’État. La suspension de son premier responsable pour « fautes lourdes de gestion » révèle donc bien plus qu’un simple différend administratif : elle met en lumière une crise structurelle susceptible d’avoir affecté l’intégrité même du système national de contrôle.

Au centre des griefs, l’installation présumée d’un système informatique parallèle de contrôle des flux commerciaux. Une initiative qui, selon le ministère, aurait favorisé l’utilisation frauduleuse de fausses Attestations de Vérification (AV), ouvrant ainsi la voie à des pratiques de contournement des procédures officielles et à un manque à gagner évalué à plusieurs milliers de dollars américains. Au-delà des chiffres, c’est la crédibilité de l’appareil de contrôle de l’État qui se retrouve fragilisée.
UNE DÉCISION À FORTE PORTÉE POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE
L’acte posé par le ministre Julien Paluku s’inscrit dans un contexte où la transparence, la traçabilité et la digitalisation des procédures commerciales sont devenues des enjeux majeurs pour l’attractivité économique du pays. En frappant au sommet de l’OCC, l’autorité de tutelle envoie un message clair : la gestion des institutions techniques ne saurait tolérer ni improvisation, ni opacité, encore moins des initiatives parallèles susceptibles d’éroder la confiance des partenaires économiques.
Les accusations de gestion chaotique des ressources humaines et financières, combinées à des actes d’insubordination, traduisent également un malaise interne profond. Elles posent la question de la discipline administrative et de la redevabilité au sein des établissements publics, à l’heure où l’État congolais affirme vouloir renforcer la performance et la culture des résultats.
L’INTÉRIM DE CHRISTELLE MUABILU ET L’OUVERTURE D’UNE PHASE DE REDRESSEMENT
La désignation de la Directrice Générale Adjointe, Christelle Muabilu, pour assurer l’intérim intervient dans un moment délicat où la continuité du service public doit être préservée. Sa mission ne sera pas seulement administrative : elle sera stratégique. Il s’agira de stabiliser l’institution, restaurer la confiance interne et externe, et accompagner le processus d’assainissement annoncé.

L’institution d’une Commission de redressement de l’OCC confirme d’ailleurs la volonté d’aller au-delà d’une simple sanction individuelle. Le gouvernement semble opter pour une refondation structurelle, dont la composition et les missions, attendues dans un prochain arrêté, seront déterminantes pour mesurer la profondeur des réformes envisagées.
VERS UNE NOUVELLE ÈRE DE REDEVABILITÉ DANS LES ENTREPRISES PUBLIQUES ?
Cette suspension pourrait bien faire jurisprudence. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large où les entreprises publiques et établissements techniques sont progressivement soumis à des exigences accrues de performance, de transparence et de conformité.
Dans un pays où les fuites de recettes et les dysfonctionnements administratifs ont longtemps pesé sur la mobilisation des ressources internes, chaque acte de sanction, lorsqu’il est fondé et suivi d’effets, devient un signal politique fort : celui d’un État qui tente de reprendre le contrôle de ses instruments économiques et de moraliser la gestion publique.
Mais au-delà de l’effet d’annonce, l’opinion attendra des résultats : identification des responsabilités, récupération des pertes éventuelles, réforme du système de contrôle, et surtout, garantie que de telles dérives ne puissent se reproduire.
Car au fond, la véritable question dépasse la personne suspendue. Elle renvoie à la solidité des mécanismes de gouvernance publique en RDC. Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera la crédibilité réelle de cette décision ministérielle — entre volonté affichée de rupture et exigence d’une réforme qui ne peut plus se limiter aux mots, mais doit désormais s’inscrire dans les faits.
