Kinshasa : l’Assemblée Provinciale en ébullition, la déchéance de Mbuta Sangupamba Lévi sur la table (édito)

Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | ACTU NGOLO | +243834344477

Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, vit une tempête institutionnelle sans précédent. Le Président de l’Assemblée Provinciale, l’Honorable Mbuta Sangupamba Lévi, est officiellement dans le viseur de ses collègues députés provinciaux. Une proposition de résolution explosive vient d’être déposée, signée et transmise par voie d’huissier, réclamant ni plus ni moins sa déchéance immédiate.

Les accusations sont d’une gravité accablante : détournements de fonds publics, abus de pouvoir, gestion opaque, incompétence notoire, blocage délibéré des initiatives parlementaires et violation répétée du règlement intérieur. Autant de charges qui, selon les élus signataires, suffisent à démontrer que le Président actuel a non seulement perdu toute légitimité morale, mais qu’il constitue un frein au bon fonctionnement de l’institution et une menace à la crédibilité de l’Assemblée Provinciale.

Première pierre d’achoppement : la gestion des deniers publics. Alors que l’Assemblée reçoit régulièrement des fonds du gouvernement central et provincial, les députés dénoncent une opacité totale. L’affaire la plus scandaleuse reste celle du rachat de la dette auprès d’Afriland Bank : une partie des fonds devait servir à l’achat d’un bus pour les administratifs et à l’installation d’une radio institutionnelle. Mais les décisions de la plénière ont été foulées aux pieds, et les fonds se sont mystérieusement évaporés.

Pire encore, près de 800.000 USD de prélèvements fiscaux destinés à la DGI, opérés directement sur les émoluments des députés et du personnel administratif, n’ont jamais été reversés. Une véritable hémorragie financière qui fait planer l’ombre d’un détournement massif et organisé. Malgré les dénonciations de la commission ECOFIN et les multiples interpellations, le Président de l’Assemblée reste muré dans un silence coupable.

À ces soupçons financiers s’ajoutent des accusations d’abus de pouvoir. Le Président Mbuta Sangupamba est accusé de bloquer systématiquement les initiatives de contrôle parlementaire et les projets législatifs.

Des questions orales et d’actualité visant le Gouverneur, des ministres provinciaux et des DG stratégiques comme la DGRK sont restées lettre morte, enterrées volontairement dans les tiroirs. Objectif : protéger l’exécutif provincial, au détriment de la mission sacrée de contrôle qui incombe aux élus du peuple.

Plus grave encore, il lui est reproché d’avoir autorisé, de manière unilatérale, un prêt en faveur de l’exécutif provincial pendant les vacances parlementaires, une décision qui relève exclusivement de la plénière. L’Assemblée, censée être un contre-pouvoir, est ainsi transformée en chambre d’enregistrement et instrument de complaisance.

La proposition de résolution dresse un tableau noir de la gestion du Président :

Endettement désastreux des députés auprès de banques commerciales, sans transparence sur les remboursements ;

Opacité autour du crédit Afriland, destiné à la construction du bâtiment administratif de l’APK, qui reste inachevé malgré des millions déjà dépensés ;

Tribalisme et divisions internes, avec la création d’un groupe WhatsApp réservé aux députés d’une seule région ;

Blocage des plénières et ralentissement volontaire du rythme parlementaire, laissant s’accumuler des dossiers cruciaux pour la ville ;

Scandales relayés dans la presse, ternissant l’image de l’institution auprès de la population et des partenaires techniques et financiers.

À cela s’ajoute une violation flagrante de l’autonomie administrative et financière de l’Assemblée. Depuis son arrivée, la dotation trimestrielle prévue par l’édit budgétaire n’a jamais été obtenue. Le Président a subordonné toutes les dépenses de l’Assemblée à la bonne volonté du gouvernement provincial, réduisant l’APK à un simple appendice de l’exécutif.

Ce qui ressort de toutes ces accusations, c’est l’image d’un homme qui a confisqué l’institution pour ses propres intérêts, au détriment des élus et surtout de la population kinoise. La capitale du pays, déjà accablée par l’insécurité, l’insalubrité, la pauvreté et le banditisme urbain, a besoin d’une Assemblée forte, indépendante et tournée vers l’action. Au lieu de cela, les députés provinciaux décrivent une institution paralysée, minée par les scandales et les compromissions.

La confiance est désormais rompue. Pour les députés signataires, la déchéance de Mbuta Sangupamba Lévi n’est pas une option mais une nécessité patriotique. « L’Assemblée Provinciale de Kinshasa doit être dirigée par une personnalité dotée d’une vision, d’une probité irréprochable et d’une capacité managériale à la hauteur des défis de la ville », peut-on lire dans la résolution.

La balle est désormais dans le camp de la plénière. La proposition de résolution, déposée en bonne et due forme et notifiée officiellement, sera examinée dans les prochains jours.

Si elle est adoptée, ce sera un tournant historique : la fin d’une présidence jugée calamiteuse et la possibilité de redonner espoir à une Assemblée en quête de crédibilité.

En attendant, le scandale secoue Kinshasa et met en lumière une vérité douloureuse : lorsque ceux qui doivent contrôler la gestion publique deviennent eux-mêmes les fossoyeurs de la transparence, c’est la démocratie provinciale qui vacille.

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