Kinshasa sous haute surveillance : 2 500 nouveaux agents pour la taxe de stationnement et de parking s’ajoutent bientôt aux 3 000 déjà en contrôle sur le terrain
Par Osée Ngolo LaPlume🖋️ Engagée | ACTU NGOLO | +243834344477
À Kinshasa, la rue devient de plus en plus un espace de pression pour une population déjà à bout. À peine les habitants s’habituent-ils aux 3 000 agents déployés pour le contrôle des documents de bord qu’une nouvelle annonce vient alourdir l’atmosphère : 2 500 agents supplémentaires seront bientôt sur le terrain pour la perception de la taxe de stationnement et de parking.
Dans une ville où survivre coûte déjà cher, cette multiplication des contrôles et des taxes s’apparente pour beaucoup à une charge de trop.
UNE FISCALITÉ QUI S’INTENSIFIE, UNE VILLE QUI S’ESSOUFFLE
Les nouveaux agents auront pour mission de percevoir la taxe de stationnement à l’aide de terminaux électroniques (P.O.S.), censés garantir la transparence et sécuriser les recettes publiques. Ils sont actuellement en formation et seront reconnaissables par une tenue distinctive lors de leur déploiement, prévu selon la cartographie de la Division urbaine des Transports.
Ils viendront s’ajouter aux 3 000 agents déjà déployés, portant à plus de 5 500 le nombre d’agents visibles dans les rues pour contrôler, vérifier et percevoir.
Sur le plan administratif, la stratégie se veut structurée.
Sur le plan social, elle est vécue comme une pression permanente.
KINSHASA : PAYER TOUJOURS, VOIR PEU
Ce qui trouble aujourd’hui une grande partie de la population n’est pas seulement la multiplication des taxes. C’est l’impression persistante que les sacrifices exigés ne se traduisent pas en améliorations visibles.
Kinshasa continue de faire face à :
– une insalubrité chronique, avec des montagnes d’immondices dans plusieurs communes ;
– des inondations récurrentes, qui engloutissent maisons et avenues à chaque grande pluie ;
– une insécurité grandissante, marquée par des cas de kidnapping, de vols à main armée et d’agressions nocturnes ;
– des routes souvent dégradées, des parkings désorganisés et un éclairage public insuffisant.
Pour beaucoup de Kinois, une question devient lancinante :
où vont réellement les recettes collectées chaque jour ?
Car entre taxes de stationnement, documents de bord, marchés, transport et autres redevances, la ville ne manque pas de mécanismes de perception. Pourtant, dans le vécu quotidien, la qualité de vie reste fragile.
ET SI L’ÉNERGIE CHANGEAIT DE CAMP ?
Et si seulement cette même énergie déployée pour traquer, contrôler et percevoir les taxes était investie avec la même rigueur dans l’assainissement de la ville, Kinshasa offrirait un tout autre visage. Les caniveaux seraient curés, les déchets collectés régulièrement, les quartiers respireraient. La capitale pourrait devenir une ville verte, attrayante, respirable, où il ferait réellement bon vivre. Mais hélas, sur le terrain, l’effort visible penche presque toujours du côté de la fiscalité, rarement du côté de la salubrité. Et c’est là que naît la frustration profonde d’une population qui paie, encore et encore, sans voir sa ville se transformer.
ENTRE AUTORITÉ NÉCESSAIRE ET MALAISE POPULAIRE
Personne ne conteste la nécessité d’un État organisé ni celle de la contribution citoyenne. Mais lorsque l’ordre s’installe sans amélioration tangible des conditions de vie, il est perçu non comme une avancée, mais comme une contrainte supplémentaire.
Aujourd’hui, circuler à Kinshasa signifie souvent :
payer, expliquer, se justifier… sans toujours se sentir protégé ni servi en retour.
L’arrivée prochaine de 2 500 agents supplémentaires risque ainsi de renforcer un sentiment déjà répandu : celui d’une ville où l’on exige beaucoup du citoyen, mais où le citoyen reçoit peu.
LE VÉRITABLE ENJEU : RESTAURER LA CONFIANCE
La question n’est plus seulement fiscale. Elle est profondément sociale et politique.
Car une capitale ne se construit pas uniquement par la perception des taxes, mais par la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Kinshasa peut instaurer l’ordre, oui.
Kinshasa peut moderniser sa fiscalité, oui.
Mais sans résultats visibles sur l’insalubrité, les inondations et l’insécurité, chaque nouvelle taxe risque d’être perçue comme une pression de plus sur une population déjà fragilisée.
Le défi n’est donc pas seulement de mobiliser des agents.
Il est de prouver enfin aux Kinois que leur argent sert réellement à rendre leur ville vivable, propre et sûre.
