Kinshasa sous pression, contrôles suspendus pour les motocyclistes : le jour où la capitale a vacillé

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Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | Actungolo.com | +243834344477

Kinshasa s’est réveillée ce lundi 16 février dans un vacarme inhabituel : celui d’une ville brusquement ralentie, presque étouffée par ses propres mécanismes de contrôle. Très tôt le matin, les opérations visant les motocyclistes, ajoutées à celles déjà appliquées aux automobilistes, ont redessiné le visage de la capitale. Routes barricadées, files interminables, transports rares, tarifs en hausse… la ville s’est retrouvée suspendue entre discipline et désorganisation.

Puis, quelques heures plus tard, le retournement.
Le ministère provincial des Transports et Mobilité urbaine annonce, par communiqué officiel, la suspension immédiate de toutes les opérations spécifiques visant les motocyclistes dans les 24 communes de Kinshasa.

Un contraste brutal. Une capitale prise entre l’ordre annoncé et la réalité vécue.

Car au-delà de la décision administrative, ce lundi aura agi comme un révélateur. Révélateur d’une ville fragile face à toute mesure d’envergure. Révélateur d’un système de mobilité encore vulnérable. Révélateur, surtout, d’une responsabilité collective que nul ne peut fuir.

L’État, d’abord, se retrouve interpellé sur la cohérence entre la décision et l’exécution. Une opération de régulation, aussi légitime soit-elle dans son principe, ne peut se transformer en paralysie urbaine. La discipline routière ne doit pas produire l’asphyxie sociale. La restauration de l’autorité ne doit pas donner l’image d’une improvisation.

Les agents commis à ces opérations, eux aussi, se retrouvent face à leur rôle : faire respecter la loi sans désorganiser la vie publique, appliquer les instructions sans transformer les routes en barrières permanentes, incarner l’État sans alimenter la méfiance des citoyens.

Les motocyclistes et chauffeurs, quant à eux, ne sont pas seulement des victimes des décisions publiques. Ils sont aussi des acteurs du système. L’augmentation spontanée des tarifs, la désorganisation des circuits, la pression sur les usagers… tout cela rappelle que la régulation de la ville n’est pas uniquement institutionnelle ; elle est aussi professionnelle et citoyenne.

Et la population kinoise, enfin, se retrouve au centre de cette équation. Car chaque crise de circulation devient une épreuve quotidienne : arriver au travail, rejoindre un hôpital, rentrer chez soi. La mobilité n’est pas un luxe. C’est la respiration même de la ville.

Le communiqué du gouvernement provincial se veut clair : il n’existe aucune opération ciblée contre les motocyclistes et toute action spécifique menée à leur endroit est suspendue. Le message est celui de l’équilibre et de la non-discrimination. Mais dans les rues, la journée a laissé des traces : embouteillages monstres, tensions, incompréhensions, et une question persistante — comment organiser la ville sans la bloquer ?

À cela s’ajoute la question des contrôles des vignettes rendus obligatoires par le Gouvernement provincial. Leur mise en œuvre, lancée par l’Hôtel de Ville alors que l’échéance administrative est encore en cours de validation, interroge profondément sur la méthode. Dans toute politique publique responsable, la sensibilisation précède le contrôle. L’explication précède la contrainte. Kinshasa avait besoin, à ce stade, d’accompagnement et de pédagogie, non d’un forcing ni d’un contrôle précipité susceptible d’accentuer la confusion et la tension sociale.

Kinshasa n’a pas seulement besoin de contrôles. Elle a besoin de méthode.
Elle n’a pas seulement besoin d’autorité. Elle a besoin de coordination.
Elle n’a pas seulement besoin de décisions. Elle a besoin d’anticipation.

Une capitale de plus de 17 millions d’habitants ne se régule pas à coups d’opérations isolées. Elle se gouverne par une vision, des mécanismes clairs, une communication cohérente et une responsabilité partagée entre institutions, transporteurs et citoyens.

Ce lundi restera comme une leçon grandeur nature. Une démonstration que l’ordre routier ne peut être efficace que s’il est compris, préparé et appliqué avec mesure. Sinon, il devient lui-même facteur de désordre.

La suspension annoncée met fin à la tension immédiate. Mais elle ouvre une exigence plus grande : celle de repenser durablement la gouvernance de la mobilité à Kinshasa.

Car au fond, la vraie question n’est pas la fin d’un contrôle.
La vraie question est : comment construire une ville où l’ordre ne paralyse pas, où la régulation n’étrangle pas, et où chacun — autorités, agents, transporteurs, citoyens — assume pleinement sa part de responsabilité dans le fonctionnement de la capitale.

Kinshasa ne manque ni d’énergie, ni d’acteurs.
Elle attend simplement que chacun joue son rôle à la hauteur de la ville qu’elle est devenue.

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