Le Cameroun à la croisée des chemins : quand le pouvoir devient héritage, le royaume du Cameroun ou la République du Cameroun ? Le père Paul Biya nomme son fils Franck Emmanuel Biya vice-président de la République, sous les applaudissements des Camerounais
Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | Actungolo.com | +243834344477
Il y a des vérités qui brûlent. Des vérités que l’on étouffe, que l’on maquille, que l’on noie dans le vacarme des propagandes et des applaudissements organisés. Mais tôt ou tard, ces vérités remontent à la surface. Et aujourd’hui, elles éclatent au grand jour.
Depuis des décennies, Paul Biya règne. Oui, règne — car il faut avoir le courage des mots. Quand un homme s’accroche au pouvoir au point que l’État semble ne plus exister sans lui, nous ne sommes plus dans une démocratie vivante, mais dans une personnalisation absolue du pouvoir.
ET DÉSORMAIS, TOUT EST EN PLACE.
Marché conclu. Le président Paul Biya, 93 ans, est aujourd’hui libre de désigner lui-même son successeur constitutionnel en cas de décès, de démission ou d’incapacité. Le Parlement, dominé sans surprise par le pouvoir en place, a massivement validé la réintroduction du poste de vice-président : 200 voix contre 18, 4 abstentions.

UNE MÉCANIQUE FROIDE. PRÉCISE. IMPLACABLE.
Le texte est clair : le vice-président accède automatiquement au pouvoir suprême si le président disparaît, se retire ou devient inapte. Autrement dit, l’avenir d’un pays de plusieurs millions d’âmes peut désormais se jouer dans une décision unique… un choix d’homme.
ET CE CHOIX, LE PEUPLE NE LE FAIT PAS.
Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya est aujourd’hui le chef d’État en exercice le plus âgé au monde. Et dans un silence presque irréel, toute discussion publique sur son état de santé est interdite. Comme si la réalité elle-même devait être censurée pour ne pas déranger l’ordre établi.
MAIS CE QUI SE JOUE ICI DÉPASSE LE CAMEROUN.
C’est l’Afrique qui est interpellée.
Car ce scénario, nous le connaissons. Il se répète, sous différentes formes, d’un pays à l’autre : des constitutions ajustées, des institutions vidées de leur substance, des parlements transformés en chambres d’enregistrement, et des peuples maintenus dans une fatigue chronique.
Le pouvoir ne se conquiert plus. Il se prépare. Il se protège. Il se transmet.
Comme un héritage.
Comme un royaume.
Et pendant ce temps, le peuple souffre.
Les jeunes cherchent un avenir ailleurs. Les familles survivent plus qu’elles ne vivent. Les rêves collectifs s’effritent lentement, remplacés par une résignation dangereuse. Car le plus grand triomphe de ces systèmes n’est pas leur force… mais l’abandon progressif de toute résistance.
Et puis il y a ces applaudissements.
Ces applaudissements qui résonnent comme un écho tragique. Sont-ils sincères ? Sont-ils imposés ? Ou sont-ils le signe d’un peuple épuisé, qui n’attend plus rien et finit par accepter l’inacceptable ?
Car le drame africain n’est pas seulement politique. Il est aussi psychologique.
On nous a appris à confondre stabilité et immobilisme. On nous a appris à confondre respect et soumission. On nous a appris à accepter que nos nations puissent devenir des affaires familiales.
MAIS UNE NATION N’EST PAS UN HÉRITAGE PRIVÉ.
Une nation est un combat collectif.
Le Cameroun mérite mieux. L’Afrique mérite mieux.
Et l’histoire, elle, ne pardonne jamais aux peuples qui abandonnent leur destin.
Alors la question reste entière, brutale, incontournable : “ Sommes-nous encore des Républiques… ou sommes-nous devenus des royaumes modernes qui refusent de dire leur nom ? ”
