« Ba baleli yo muasi, ba lakisa yo pe ndenge ya kotia zemi ? » : la question de mise en garde de Gentiny Ngobila qui trouve aujourd’hui tout son sens sous Daniel Bumba — quand les camions de l’espoir, les milliers de bacs à poubelles et le garage moderne de Kin Bopeto deviennent les épaves de l’abandon
Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | Actungolo.com | +243834344477
Il y a des images qui parlent plus fort que les discours. Il y a des scènes qui valent mille rapports administratifs. Et il y a des réalités qui condamnent à elles seules tout un mode de gestion.
Les images qui circulent aujourd’hui sur les réseaux sociaux montrent un spectacle affligeant, choquant et révoltant : des camions d’assainissement abandonnés, des bacs à ordures détériorés, des équipements livrés à eux-mêmes et un garage qui, autrefois, symbolisait la modernisation de l’assainissement de Kinshasa, transformé aujourd’hui en véritable référence de saleté.
Pour tout Kinois attaché à l’avenir de sa ville, le cœur saigne.
Pour ceux qui avaient participé à la conception, aux négociations, à la mobilisation des moyens et aux efforts qui avaient permis la mise en œuvre du projet Kin Bopeto, c’est un véritable crève-cœur.
Et c’est précisément dans ce contexte que résonne aujourd’hui comme une prophétie la célèbre formule prononcée par l’ancien gouverneur de Kinshasa, Gentiny Ngobila Mbaka : « Ba baleli yo muasi, ba lakisa yo pe ndenge ya kotia zemi ? »
Autrement dit : « Lorsqu’on vous donne une épouse, faut-il encore vous apprendre comment construire un foyer avec elle ? »
Deux ans et demi plus tard, cette question prend une dimension particulièrement troublante.
UN HÉRITAGE MATÉRIEL RARE DANS L’HISTOIRE RÉCENTE DE KINSHASA
Lorsque ces équipements avaient été réceptionnés, l’ambition était claire : engager une véritable révolution de l’assainissement dans la capitale.
- Une centaine de véhicules spécialisés.
- Des milliers de bacs à poubelles.
- Un garage moderne destiné à la maintenance et à l’entretien du matériel.
- Un dispositif complet pensé pour lutter durablement contre l’insalubrité chronique de Kinshasa.
À l’époque, cette vision Kin bopeto avait été saluée et soutenue par le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Beaucoup y voyaient enfin une réponse structurée à l’un des plus grands défis de la capitale. L’objectif était simple : doter Kinshasa d’outils durables capables de transformer profondément le cadre de vie des habitants.
DES IMAGES QUI ACCUSENT
Aujourd’hui, les images montrent une tout autre réalité.
Elles montrent des équipements abandonnés.
Elles montrent des bacs à poubelles détériorés.
Elles montrent des matériels exposés aux intempéries.
Elles montrent surtout l’absence manifeste d’une politique rigoureuse de suivi et d’entretien.
Plus choquant encore, le garage qui faisait autrefois la fierté du projet est devenu méconnaissable. Ce qui était une référence en matière d’organisation, de propreté et de modernité est aujourd’hui devenu une référence de saleté.
L’intérieur comme l’extérieur du site témoignent d’un abandon inquiétant. La beauté, la discipline et la propreté qui caractérisaient ce lieu ont disparu. Ce garage semble désormais transformé en dépotoir, entouré d’immondices et d’équipements laissés à l’abandon.
Comment un investissement aussi important a-t-il pu être laissé dans un tel état ?
LA QUESTION QUE LES KINOIS SE POSENT
Face à ce spectacle, une question s’impose : Daniel Bumba veut-il réellement assainir Kinshasa ? Car l’assainissement ne se limite pas aux déclarations publiques.
Il ne se résume pas aux promesses.
Il ne se mesure pas aux slogans.
Il commence par la préservation des outils déjà disponibles.
Comment expliquer que des équipements destinés à rendre la ville propre se retrouvent eux-mêmes dans un état d’abandon aussi avancé ?
Comment justifier la détérioration d’un matériel acquis à grands frais ?
Comment accepter que des milliers de bacs à poubelles censés servir quotidiennement la population se retrouvent abandonnés, détériorés ou inutilisables ?
Les Kinois méritent des réponses.
COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ ?
Pourtant, la vision de Gentiny Ngobila Mbaka, saluée et soutenue par le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, constituait sans doute l’une des solutions les plus sérieuses et les plus durables pour assainir Kinshasa.
Aujourd’hui, au regard des images qui circulent et de l’état de dégradation avancée des équipements, une grande question se pose : comment a-t-on pu en arriver là ?
On a écarté les personnes qui portaient le projet. On a chassé la société Albayrak, une entreprise spécialisée dans l’assainissement des grandes métropoles et opérateur principal partenaire du projet Kin Bopeto pour la ville de Kinshasa. Des informations persistantes font également état de la vente de certains camions et de la mise en location d’autres véhicules, éloignant ainsi le projet de sa mission initiale.
Pourtant, Gentiny Ngobila Mbaka avait déjà prévenu : « Cela ne tiendra même pas une année, parce qu’ils n’ont pas la vocation de gérer un projet de cette nature. »
Aujourd’hui, chacun peut apprécier la portée de cette mise en garde à la lumière des images qui circulent et de l’état dans lequel se trouvent ces équipements.
Albayrak n’a pas quitté Kinshasa de son propre chef. La société a été écartée du projet et chassée de Kinshasa par les nouvelles autorités de la ville. Pendant que Kinshasa se privait de cette expertise, Brazzaville a saisi l’opportunité.
Aujourd’hui, lorsqu’on observe le niveau de salubrité de la capitale voisine, il n’est plus nécessaire de faire de longs commentaires. La comparaison parle d’elle-même. D’un côté, une expertise valorisée et mise à contribution ; de l’autre, un projet qui s’est progressivement effondré après le départ de ceux qui en assuraient la mise en œuvre.
Il convient également de rappeler que lors de sa visite en République démocratique du Congo, le Président de la République de Turquie avait salué et soutenu auprès de son homologue congolais, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la vision du Gouverneur Gentiny Ngobila Mbaka qui avait déjà signé un contrat entre l’Hôtel de Ville de Kinshasa et la société Albayrak afin de bénéficier de son expertise reconnue dans la gestion moderne de l’assainissement urbain. Ce soutien constituait une validation supplémentaire d’un choix stratégique qui, à l’époque, apparaissait comme l’une des réponses les plus crédibles aux défis de l’insalubrité dans la capitale congolaise.
L’état d’une capitale reflète souvent la qualité de la gouvernance de son pays.
Une capitale propre inspire confiance.
Une capitale assainie protège la santé publique.
Une capitale bien gérée attire les investissements.
À l’inverse, la dégradation continue des outils destinés à la salubrité constitue un signal préoccupant.
NOUS CRAIGNONS DÉSORMAIS POUR ZANDO
Au regard de ce qui est arrivé au projet Kin Bopeto sur le volet assainissement avec le contrat entre l’hôtel de ville de Kinshasa et la société Albayrak, une autre inquiétude commence à gagner l’opinion publique : celle de voir le Grand Marché de Kinshasa, communément appelé Zando, subir demain le même sort.
Les Kinois espèrent que ce patrimoine stratégique ne connaîtra jamais le niveau d’abandon, de négligence et de dégradation que l’on observe aujourd’hui dans la gestion des équipements d’assainissement.
Car l’expérience démontre qu’il ne suffit pas de construire ou de réhabiliter des infrastructures modernes. Encore faut-il les préserver, les entretenir et les gérer avec rigueur.
LE VÉRITABLE SCANDALE
Le véritable scandale n’est pas seulement de voir des déchets dans les rues.
Le véritable scandale est de constater que les outils acquis pour combattre ces déchets sont eux-mêmes abandonnés.
Le véritable scandale est de voir des investissements publics se transformer en épaves.
Le véritable scandale est de constater que des équipements qui auraient dû servir pendant de nombreuses années semblent aujourd’hui avoir été livrés à leur triste sort.
Chaque camion immobilisé représente une perte.
Chaque bac abandonné représente un recul.
Chaque équipement détérioré représente un échec de gestion.
KINSHASA MÉRITE MIEUX
Les images observées ces derniers jours ne sont pas seulement celles de véhicules abandonnés ou d’infrastructures négligées.
Elles sont le symbole d’un rendez-vous manqué avec une vision qui avait pourtant suscité beaucoup d’espoir.
Elles illustrent ce qui arrive lorsqu’un patrimoine public n’est pas protégé.
Elles rappellent qu’un gestionnaire ne se juge pas uniquement à ses promesses, mais à sa capacité de préserver, de valoriser et d’améliorer ce qu’il reçoit.
Deux ans et demi après la réception de ces équipements, les Kinois ont le droit de s’interroger.
Deux ans et demi après, ils ont le droit d’exiger des explications.
Deux ans et demi après, ils ont le droit de demander pourquoi des outils conçus pour rendre Kinshasa propre semblent aujourd’hui victimes d’un abandon aussi incompréhensible.
Et pendant que ces images continuent de choquer l’opinion, une phrase résonne encore comme un avertissement que beaucoup n’avaient pas mesuré à sa juste valeur : « Ba baleli yo muasi, ba lakisa yo pe ndenge ya kotia zemi ? »
Une question simple.
Mais à la lumière de la situation actuelle, une question dont la réponse semble désormais s’imposer d’elle-même.
