Le théâtre des inaugurations ou la faillite de la vision : Kinshasa mérite un métro, pas des reliques ferroviaires inauguré par le VPM Jean-Pierre Bemba

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L’avenir d’une nation ne se construit pas avec des inaugurations spectaculaires, mais avec une vision capable de transformer durablement le quotidien de son peuple. Où est passé le projet Métro Kin ?

Par Osée Ngolo LaPlume Engagée
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L’Histoire est parfois cruelle. Elle ne retient ni les discours les plus enflammés, ni les rubans coupés devant les caméras. Elle ne conserve qu’une seule chose : les grandes œuvres.

C’est pourquoi certaines inaugurations entrent dans la mémoire collective comme des symboles du progrès, tandis que d’autres deviennent le miroir des limites d’une gouvernance.

L’inauguration des nouveaux trains urbains par le Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, en présence du Président de la République et des plus hautes autorités de l’État, devait incarner une nouvelle page de la mobilité urbaine congolaise.

Elle devait susciter l’espérance. Elle devait annoncer l’entrée de Kinshasa dans la modernité.
Elle devait convaincre les Congolais que leur capitale prenait enfin le chemin des grandes métropoles africaines.

Mais à peine les cérémonies terminées, un tout autre débat s’est imposé.

Les images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent un matériel dont l’état apparent soulève des interrogations. Des imperfections visibles sur certaines carrosseries malgré une peinture récente, ainsi que des témoignages faisant état de difficultés sur certains tronçons ferroviaires, alimentent une polémique qui dépasse largement la simple question technique.

Le véritable débat n’est pas celui d’un train.
Le véritable débat est celui de la vision.

Comment expliquer qu’au XXIᵉ siècle, alors que le monde investit massivement dans des systèmes de transport intelligents, rapides, électriques et intégrés, la République démocratique du Congo semble encore chercher son salut dans des solutions qui donnent le sentiment de prolonger le passé au lieu de préparer l’avenir ?

Pendant que Luanda modernise progressivement son réseau ferroviaire, que Le Caire développe l’un des plus vastes métros d’Afrique, que Casablanca poursuit l’extension de ses infrastructures de mobilité et que plusieurs capitales africaines font du transport de masse un puissant levier de compétitivité économique, Kinshasa demeure prisonnière d’embouteillages monstres qui paralysent quotidiennement la vie de millions de citoyens.

Chaque matin, des travailleurs passent plusieurs heures dans les bouchons.
Chaque soir, des parents rentrent épuisés après des trajets interminables.

Chaque année, des milliards de francs congolais sont perdus en temps, en carburant, en productivité et en opportunités économiques.
Dans toutes les économies modernes, le transport constitue un moteur de croissance.

En RDC, il semble encore être traité comme une succession d’événements protocolaires.
Or, un ministère des Transports ne se résume pas à organiser des inaugurations.

Sa mission est d’imaginer le pays de demain.
Elle consiste à anticiper les besoins des générations futures. Elle consiste à construire des infrastructures capables de servir la Nation pendant plusieurs décennies.

À cet égard, une question revient avec insistance dans le débat public :

Qu’est devenu le projet Métro Kin ?

Porté sous le gouvernorat de Gentiny Ngobila Mbaka, avec l’encouragement du regretté ministre des Transports Chérubin Okende, ce projet incarnait une ambition autrement plus structurante et durable.

Il ne s’agissait pas simplement de remettre des trains en circulation.
Il s’agissait de repenser entièrement la mobilité de Kinshasa.

Relier les communes entre elles. Réduire durablement les embouteillages. Fluidifier les déplacements. Créer de nouveaux pôles de développement.

Valoriser le foncier urbain. Stimuler les investissements.
Faire entrer Kinshasa dans le cercle des grandes capitales africaines dotées d’un véritable réseau moderne de transport de masse.

Voilà ce qu’on appelle une vision d’État.
Car une mégapole de plus de quinze millions d’habitants ne peut pas espérer résoudre ses défis avec des réponses conçues pour une autre époque.

Le transport urbain n’est pas une opération de communication.

C’est un choix de société. C’est un choix économique. C’est un choix stratégique.

La République démocratique du Congo mérite mieux que des solutions qui donnent l’impression de regarder dans le rétroviseur pendant que le reste du continent accélère vers l’avenir.

Elle mérite une politique des transports ambitieuse.
Elle mérite des infrastructures conçues pour les cinquante prochaines années.

Elle mérite des investissements capables de transformer durablement le quotidien des citoyens.
Elle mérite un métro. Elle mérite une vision.

Aujourd’hui, la question n’est donc plus de savoir si un train a été inauguré.

La véritable question est celle-ci :

Quel héritage voulons-nous laisser aux générations futures ?
Des cérémonies ou des infrastructures ?
Des effets d’annonce ou des transformations durables ?
Des solutions provisoires ou des projets structurants ?

L’Histoire, elle, a déjà rendu son verdict depuis longtemps.
Les peuples oublient les discours. Ils oublient les inaugurations. Ils oublient les promesses.
Mais ils n’oublient jamais les dirigeants qui ont eu l’audace de bâtir l’avenir.

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