Patrice Nyamba recadre le débat : pourquoi la thèse du Professeur Tshibangu Kalala sur la CENCO ne convainc pas

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Par Corinne Ontande | +243834344477 | Actungolo.com

La sortie médiatique du Professeur Tshibangu Kalala, présentant la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) comme une institution « réfractaire au changement », n’a pas seulement relancé le débat sur une éventuelle révision de la Constitution. Elle a également suscité une réponse argumentée dans les milieux universitaires.

Parmi les voix qui s’élèvent figure celle de Patrice Nyamba Lofungola, chercheur en économie publique et analyste politique. Dans une analyse fouillée, il estime que l’argumentation développée par le professeur repose sur une analogie historique qui, si elle peut séduire par sa portée intellectuelle, ne résiste pas à une lecture critique des faits.

Au cœur de son raisonnement, Patrice Nyamba remet en cause la comparaison entre l’attitude de la papauté durant le Risorgimento italien et la position actuelle de la CENCO dans le débat constitutionnel congolais. Selon lui, cette transposition est historiquement fragile, car elle rapproche deux réalités politiques qui ne poursuivent ni les mêmes objectifs, ni les mêmes logiques institutionnelles.

Là où la papauté du XIXᵉ siècle défendait son pouvoir temporel face à l’émergence de l’État moderne, la CENCO, soutient-il, affirme agir au nom de la préservation de l’État de droit, de la stabilité institutionnelle et du respect des principes constitutionnels. Confondre ces deux situations reviendrait, selon le chercheur, à réduire abusivement un débat démocratique contemporain à une querelle historique sans véritable équivalent.

Patrice Nyamba rappelle en outre que l’Église catholique a profondément évolué depuis le Concile Vatican II. Loin d’être enfermée dans une posture de conservation du pouvoir, elle a consacré, à travers sa doctrine sociale, la promotion des libertés fondamentales, de la démocratie, de la dignité humaine et de l’autonomie des institutions publiques. Dans cette perspective, la position de la CENCO ne traduirait pas un rejet du changement, mais une vigilance face aux réformes susceptibles de fragiliser les équilibres institutionnels.

Le chercheur élargit ensuite sa réflexion à la méthode scientifique elle-même. À ses yeux, toute analyse académique doit s’affranchir des considérations partisanes, communautaires ou conjoncturelles. Lorsque l’histoire est convoquée pour discréditer une institution engagée dans le débat public, il devient indispensable d’interroger la solidité de la démonstration et la neutralité de son interprétation.

Pour étayer son analyse, Patrice Nyamba rappelle que la CENCO a accompagné plusieurs tournants majeurs de l’histoire politique congolaise : le Manifeste de la Conscience africaine, la Conférence nationale souveraine, les négociations de l’Accord de la Saint-Sylvestre ainsi que la plus importante mission citoyenne d’observation électorale de l’histoire de la République démocratique du Congo. Autant d’épisodes qui, selon lui, témoignent davantage d’une vocation de médiation et de défense de l’intérêt général que d’une posture d’immobilisme.

La conclusion du chercheur est sans équivoque : qualifier la CENCO d’institution « réfractaire au changement » relève d’une lecture qu’il juge historiquement réductrice et scientifiquement insuffisamment étayée. Pour lui, le véritable enjeu ne consiste pas à opposer changement et conservatisme, mais à déterminer si toute réforme constitutionnelle répond effectivement aux exigences de l’État de droit, de la stabilité institutionnelle et de l’intérêt supérieur de la Nation.

Par cette contribution, Patrice Nyamba invite à dépasser les raccourcis historiques et les lectures partisanes afin de replacer le débat constitutionnel sur le terrain de la rigueur scientifique, de la responsabilité politique et de l’intérêt général.

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