De la fête au recueillement : le pari réussi de Gentiny Ngobila Mbaka sur les funérailles à Kinshasa

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Par Martin Tadiya | Actungolo.com | +243 834 344 477

Longtemps considérées à Kinshasa comme des espaces de démonstration sociale, les funérailles avaient progressivement perdu leur essence première de recueillement et de solidarité envers les familles endeuillées. Entre ambiance festive, attroupements et dépenses excessives, le deuil s’était transformé en phénomène social parfois éloigné de sa vocation spirituelle et humaine.

La pandémie de la COVID-19 a constitué un tournant décisif, poussant les autorités à repenser l’organisation des obsèques. Sous l’impulsion de Gentiny Ngobila Mbaka, alors gouverneur de Kinshasa, des mesures strictes ont été instaurées, marquant une réforme dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

QUAND LES FUNÉRAILLES PERDAIENT LEUR SENS

À Kinshasa, les funérailles ont longtemps cessé d’être uniquement un moment de deuil et de compassion pour devenir de véritables événements sociaux. Pendant des années, les veillées mortuaires étaient marquées par des attroupements massifs, du bruit, de la musique et, parfois, une ambiance festive, reléguant au second plan la consolation des familles.

Le deuil devenait ainsi un espace d’exposition sociale plutôt qu’un moment de communion dans la douleur.

Cette réalité avait progressivement installé une forme de « business du deuil », où les familles supportaient un poids financier important pour répondre à des exigences sociales devenues quasi systématiques.

LA COVID-19, CATALYSEUR D’UN CHANGEMENT

L’arrivée de la pandémie de la COVID-19 en 2020 a profondément bouleversé les habitudes collectives. Face à l’urgence sanitaire et à la nécessité de limiter les rassemblements, Kinshasa a dû revoir plusieurs pratiques sociales, notamment l’organisation des funérailles.

Dans cette dynamique, les autorités ont pris des mesures visant à encadrer strictement les obsèques afin de prévenir la propagation du virus.

C’est dans ce contexte que Gentiny Ngobila Mbaka a fait le choix de maintenir fermement ces restrictions, malgré critiques et incompréhensions.

UNE RÉFORME AU-DELÀ DE LA CRISE SANITAIRE

Si ces mesures étaient initialement motivées par l’urgence sanitaire, leurs effets ont rapidement dépassé ce cadre. La réduction des longues veillées, la limitation des attroupements et la réorganisation du parcours funéraire — de la morgue à l’église, puis au cimetière — ont progressivement replacé le recueillement au cœur du deuil.

Cette réforme a permis de rappeler que les funérailles ne sont pas une scène de spectacle, mais un moment de respect envers le défunt et de soutien sincère envers les proches.

UN HÉRITAGE TOUJOURS VISIBLE

Aujourd’hui, bien que des ajustements restent nécessaires et que certaines pratiques résistent encore au changement, nombreux sont ceux qui reconnaissent l’impact durable de cette réforme. Elle a contribué à modifier la perception collective des funérailles à Kinshasa, en réduisant l’exubérance au profit de la sobriété.

Gentiny Ngobila Mbaka demeure ainsi, pour plusieurs observateurs, un responsable dont certaines décisions continuent de produire leurs effets bien après son passage à la tête de la ville.

UNE RÉFORME SOCIALE PLUS PROFONDE QU’IL N’Y PARAÎT

Au-delà de ses dimensions administrative et sanitaire, la réforme des funérailles initiée sous Gentiny Ngobila Mbaka révèle une réalité plus profonde de la société kinoise : certaines pratiques, même solidement ancrées, peuvent évoluer lorsque l’autorité publique agit avec constance et vision.

En touchant à la manière dont la société gère le deuil, cette réforme a également interrogé la culture du paraître, la pression sociale et les dépenses excessives.

Mais le véritable défi reste celui de la pérennisation. Une réforme ne vaut que si elle s’enracine durablement dans les mentalités. Si Kinshasa veut consolider cette évolution, il faudra accompagner cette dynamique par une sensibilisation continue, afin que la dignité du deuil ne soit plus perçue comme une contrainte imposée, mais comme une valeur pleinement intégrée par la société elle-même.

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