Kinshasa : quand l’insécurité s’installe et que l’État vacille
Par Martin Tadiya|
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À Kinshasa, le constat est de plus en plus glaçant : le sang coule, on vole, on enlève… et cela, presque chaque jour. Ce qui relevait autrefois de faits isolés semble désormais s’inscrire dans une routine inquiétante. En pleine journée, dans des quartiers animés, des citoyens sont agressés, dépouillés, parfois kidnappés, sous le regard impuissant ou résigné des témoins. La peur a changé de camp : elle n’est plus du côté des criminels, mais de celui de la population.
Cette situation pose une question centrale : existe-t-il encore une politique sécuritaire forte et cohérente à Kinshasa ? Entre le gouvernement central et les autorités provinciales, les responsabilités semblent diluées. Pourtant, la sécurité des personnes et de leurs biens est l’un des premiers devoirs de l’État. L’absence de réponses visibles, d’actions coordonnées et de résultats concrets renforce l’impression d’un abandon progressif des citoyens. À mesure que l’insécurité gagne du terrain, c’est l’autorité même de l’État qui s’effrite.
Mais réduire cette crise à une simple défaillance sécuritaire serait incomplet. Kinshasa paie aussi le prix d’un profond malaise social. Chômage massif, précarité, manque de perspectives pour la jeunesse… autant de réalités qui alimentent frustration et désespoir. Dans un tel contexte, la criminalité devient pour certains une alternative, aussi dangereuse qu’illusoire. L’insécurité n’est donc pas seulement une conséquence, elle est aussi le symptôme d’un système socio-économique en difficulté.
Le parallèle avec l’Est de la République démocratique du Congo est troublant. Là-bas, des populations meurent sous les balles de groupes armés ; ici, à Kinshasa, des civils tombent sous les coups de criminels urbains. Certes, les formes de violence diffèrent, mais le résultat est le même : des vies brisées et un sentiment d’abandon. Cette convergence dans la souffrance interroge sur la capacité globale de l’État à garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire.
Kinshasa est aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit des mesures fortes, urgentes et structurées sont prises réforme des forces de sécurité, politiques sociales ambitieuses, justice plus dissuasive soit la capitale risque de basculer dans une insécurité chronique où chacun devra se débrouiller pour survivre. Et dans une telle configuration, ce n’est plus seulement la sécurité qui est menacée, mais le pacte social lui-même.
