RDC—Nouvelle plaque minéralogique : une réforme de plus ou une éternelle recommencement ? Chaque Ministre des Finances fait sa plaque, chaque Ministre des Affaires étrangères fait son passeport
Par Osée Ngolo LaPlume🖋️ Engagée | ACTU NGOLO | +243834344477
Le récent communiqué officiel de la Direction Générale des Impôts (DGI), annonçant le lancement d’une nouvelle plaque minéralogique sécurisée à partir du 6 janvier 2026, relance un débat récurrent au sein de l’opinion publique congolaise : celui de la continuité de l’État face aux réformes cycliques portées par chaque nouvelle équipe dirigeante.
Pour de nombreux observateurs, cette annonce vient renforcer une perception largement partagée selon laquelle « chaque ministre des Finances fait sa plaque, chaque ministre des Affaires étrangères fait son passeport ». Une formule devenue presque proverbiale, traduisant le sentiment d’un éternel recommencement des réformes administratives, souvent coûteuses pour les citoyens, mais rarement évaluées dans leur impact réel à long terme.
Officiellement, la DGI justifie l’introduction de cette nouvelle plaque par la nécessité de se conformer aux standards internationaux, d’améliorer la sécurité des automobilistes, d’harmoniser le système national d’immatriculation et de faciliter le contrôle routier par les services de la police. Des arguments techniquement recevables, mais qui peinent à convaincre une population régulièrement appelée à remplacer des documents pourtant encore valides.

Dans les faits, ce changement soulève plusieurs interrogations majeures. Pourquoi les plaques précédentes, introduites à grands frais il y a quelques années, sont-elles déjà jugées obsolètes ? Quel a été le bilan de leur mise en œuvre ? Combien cette nouvelle réforme va-t-elle coûter aux automobilistes déjà éprouvés par la conjoncture économique ? Et surtout, quelles garanties existent pour que cette plaque ne soit pas, elle aussi, remplacée au prochain changement de ministre ?
Le parallèle avec les passeports biométriques est inévitable. À chaque nouveau ministre des Affaires étrangères ou presque, un nouveau modèle est annoncé, avec les mêmes promesses de sécurité, de conformité internationale et de modernisation. Résultat : des citoyens contraints de renouveler leurs documents à répétition, dans un climat souvent marqué par l’opacité, les longues files d’attente et les soupçons de pratiques peu orthodoxes.
Au-delà de la question technique, c’est le problème de la gouvernance publique qui est posé. Une réforme d’État devrait s’inscrire dans la durée, survivre aux hommes et s’imposer comme une politique publique stable. À défaut, ces changements successifs donnent l’impression de décisions personnalisées, davantage liées à des mandats individuels qu’à une vision institutionnelle cohérente.
À l’heure où le pouvoir exécutif appelle à la rationalisation des dépenses publiques et à l’amélioration du pouvoir d’achat des Congolais, la multiplication des réformes administratives coûteuses apparaît en décalage avec les priorités sociales. Pour beaucoup, la vraie urgence n’est pas de changer de plaque ou de passeport, mais d’améliorer la gouvernance, la transparence et la qualité des services publics.
En définitive, la question reste entière : la nouvelle plaque minéralogique marquera-t-elle un réel progrès durable pour le pays ou viendra-t-elle simplement allonger la liste des réformes éphémères ? Tant que cette interrogation demeurera sans réponse claire, la petite phrase continuera de résonner dans les rues de Kinshasa et au-delà : chaque ministre des Finances fait sa plaque, chaque ministre des Affaires étrangères fait son passeport.
