RDC-Rwanda : La violation des accords de Washington par Kigali révèle une « faiblesse stratégique » et renforce le Président Félix Tshisekedi
Par S. Tenplar Ngwadi | ACTU NGOLO |
+243834344477
La paix en République démocratique du Congo, grande question géopolitique africaine, est mise à mal par une tension croissante dans le Kivu. Le Rwanda, loin de s’inscrire dans la désescalade convenue, adopte une posture qui, selon les analyses, traduit moins une stratégie maîtrisée qu’une inquiétude grandissante face à l’évolution du rapport de force régional.
L’accord conclu sous l’égide de Washington entre les dirigeants de la région avait pourtant créé un cadre inédit. Pour la première fois depuis des décennies, la souveraineté congolaise y était explicitement reconnue comme le pivot de la stabilisation des Grands Lacs. Le texte prévoyait le retrait des appuis extérieurs aux groupes armés, la fin des intrusions indirectes et la mise en place de mécanismes de vérification, marquant un tournant diplomatique majeur. Contrairement aux allégations de Kigali, cet accord ne consacrait pas une défaite de la RDC, mais mettait fin à une zone grise où la communauté internationale avait trop longtemps toléré des ambiguïtés préjudiciables à la paix.
Une escalade révélatrice d’une fragilité stratégique
La réalité du terrain n’a pas tardé à dissiper ces ambiguïtés. Les violations répétées des engagements, suivies de l’avancée de groupes armés liés au gouvernement du pays voisin de la RDC et de la prise d’une nouvelle ville congolaise hier encore, ne sont pas le fruit d’un malentendu opérationnel. Elles constituent un choix politique, en rupture flagrante avec les accords signés. Ce choix est, du point de vue du droit international et de la diplomatie multilatérale, difficilement défendable. Il expose Kigali à une véritable perte de crédibilité et à un risque d’isolement, précisément parce qu’il manifeste une volonté de contourner un accord qui rééquilibrait enfin la relation régionale.
Ce paradoxe est révélateur. L’escalade actuelle n’est pas un signe de force, mais un signal de faiblesse. Lorsqu’un acteur viole un accord pour tenter de redessiner par la force des lignes qu’il ne contrôle plus diplomatiquement, il ne démontre pas sa maîtrise, mais son insécurité stratégique. Les événements récents confirment que l’accord de Washington avait bel et bien créé une contrainte pour le Rwanda et une opportunité pour la RDC. C’est la raison pour laquelle il est aujourd’hui malmené sur le terrain.
Une aubaine politique pour Félix Tshisekedi
Le président Félix Tshisekedi, quant à lui, s’en trouve paradoxalement renforcé. Non pas parce que la situation sécuritaire serait satisfaisante – elle ne l’est pas – mais parce que la clarté des responsabilités redonne à la RDC une véritable légitimité. Washington, déjà attentif au respect des engagements, ne peut ignorer l’écart croissant entre la parole diplomatique et les faits. Le droit international, lui aussi, ne saurait être invoqué à géométrie variable : soutenir des groupes armés opérant en territoire étranger constitue une violation caractérisée, que les partenaires de la région ne peuvent plus éluder.
Pour la région des Grands Lacs, l’heure n’est plus à l’ambiguïté. La paix suppose la fin des soutiens extérieurs aux groupes armés, le respect strict des frontières et une coopération sincère. La RDC a réaffirmé sa disponibilité à s’engager sur ce chemin. Le Rwanda, en revanche, devra comprendre qu’une politique de faits accomplis ne peut produire ni légitimité ni sécurité à long terme.
Dans l’histoire diplomatique, les ruptures d’accords révèlent souvent le véritable rapport de force : non celui que l’on proclame, mais celui que l’on tente de masquer. Ce qui se joue aujourd’hui en RDC en est l’illustration.
