DGRK : une réforme précipitée qui menace plus de 3 700 familles et expose Kinshasa à un chaos fiscal, derrière le discours de réforme, le risque d’un effondrement administratif

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Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | Actungolo.com | +243834344477

Présentée comme une grande réforme de modernisation des finances provinciales, la proposition de scinder la Direction Générale des Recettes de Kinshasa (DGRK) en deux structures distinctes — l’une chargée des impôts provinciaux et l’autre des taxes — suscite une vague de contestation au sein même de l’administration concernée.

À travers leur récente prise de position, les agents et cadres de la DGRK expriment une inquiétude profonde face à une réforme qu’ils jugent précipitée, mal préparée et potentiellement dévastatrice pour l’équilibre administratif, social et financier de la Ville de Kinshasa.

Car une question fondamentale demeure : peut-on diviser une institution dont les fondations techniques et organisationnelles restent encore fragiles, sans au préalable résoudre les dysfonctionnements structurels qui minent déjà son fonctionnement ?

UNE RÉFORME QUI RISQUE DE MULTIPLIER LES PROBLÈMES AU LIEU DE LES RÉSOUDRE

En théorie, la spécialisation des régies financières peut constituer une avancée. Plusieurs modèles administratifs à travers le pays distinguent déjà les services des impôts de ceux chargés des taxes et redevances.

Mais une réforme ne se mesure pas à son apparence politique ou à son emballage administratif. Elle se mesure à sa capacité réelle d’améliorer la gouvernance publique, d’accroître les recettes et de renforcer l’efficacité de l’État.

Or, dans le cas de la DGRK, plusieurs signaux démontrent que les conditions minimales de réussite ne sont pas encore réunies.

Aujourd’hui encore, la maîtrise des assujettis demeure incomplète. L’administration ne dispose pas d’un fichier totalement fiable et exhaustif des contribuables. Dans ces conditions, scinder les services revient à partager une base déjà désorganisée, avec le risque de créer des conflits de compétences, des doublons administratifs et des pertes supplémentaires de recettes.

DIGITALISATION ABSENTE, CONTRÔLES FAIBLES, RISQUES DE DÉTOURNEMENTS ACCRUS

L’un des principaux défis de la DGRK reste la persistance des procédures manuelles.

Dans un système où plusieurs opérations ne sont pas encore entièrement digitalisées, les risques d’erreurs, de manipulations et de détournements demeurent élevés. La traçabilité des recettes reste limitée, tandis que les mécanismes de contrôle internes et externes peinent encore à garantir une transparence totale.

Dans ce contexte, créer deux administrations distinctes sans système intégré de gestion reviendrait à dédoubler les failles existantes.

Au lieu de combattre la corruption et les pertes financières, la réforme pourrait ouvrir de nouveaux espaces d’opacité administrative, avec des chaînes de responsabilité encore plus difficiles à contrôler.

PLUS DE 3 700 AGENTS EXPOSÉS À UNE INSÉCURITÉ SOCIALE

Le point le plus sensible reste néanmoins la situation des agents et cadres de la DGRK.

Selon les inquiétudes exprimées en interne, la réforme pourrait entraîner un vaste déséquilibre administratif et humain, avec le risque de voir des milliers d’agents se retrouver marginalisés, réaffectés sans garanties claires ou carrément écartés du système.

Dans une administration où la question salariale demeure déjà fragile, une restructuration non maîtrisée pourrait provoquer une crise sociale majeure.

Car aucune réforme sérieuse ne peut réussir lorsqu’elle est perçue par les travailleurs comme une menace pour leur stabilité professionnelle et celle de leurs familles.

Une modernisation fiscale ne doit jamais se transformer en machine de précarisation sociale.

LE VÉRITABLE PRÉALABLE : RÉFORMER AVANT DE SCINDER

La priorité devrait d’abord être ailleurs :

  • Digitaliser intégralement les procédures de perception ;
  • Mettre en place un système intégré et transparent de gestion des recettes ;
  • Réaliser un recensement exhaustif des assujettis ;
  • Renforcer les mécanismes d’audit et de contrôle ;
  • Garantir la régularité des salaires ;
  • Rationaliser les effectifs sans brutalité sociale ;
  • Assainir les pratiques internes avant toute restructuration institutionnelle.

Sans ces préalables, la scission de la DGRK risque fortement d’apparaître comme une réforme politique avant d’être une réforme technique.

LE GOUVERNEUR ET SON MINISTRE DES FINANCES FACE À LEUR RESPONSABILITÉ HISTORIQUE

Le Gouverneur de Kinshasa et son ministre provincial des Finances portent désormais une lourde responsabilité devant l’opinion publique.

S’ils veulent convaincre que cette réforme vise réellement l’intérêt général, ils doivent présenter à la population et aux agents un plan clair, chiffré, transparent et techniquement crédible.

Car gouverner, ce n’est pas simplement annoncer des réformes. Gouverner, c’est démontrer que chaque décision repose sur des études sérieuses, des garanties sociales solides et une vision cohérente de l’intérêt public.

Une réforme fiscale mal préparée peut fragiliser durablement la confiance des citoyens, désorganiser l’administration et ralentir davantage la mobilisation des recettes dont Kinshasa a pourtant un besoin vital.

Une réforme utile, oui. Une aventure administrative, non.

La scission de la DGRK peut devenir une opportunité historique de modernisation si elle est précédée d’un assainissement profond du système actuel.

Mais vouloir diviser une structure avant de corriger ses faiblesses fondamentales reviendrait à construire deux problèmes à partir d’un seul.

Les agents de la DGRK viennent ainsi de lancer un signal d’alerte que les autorités provinciales ne peuvent ignorer.

Car une réforme imposée sans préparation, sans garanties et sans consensus risque non seulement d’échouer, mais aussi de laisser derrière elle une administration plus lourde, plus coûteuse et plus fragile qu’avant.

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