Plaques AKN à Kinshasa : quand le Gouvernement provincial transforme l’administration en machine à taxation déguisée, derrière le communiqué du ministre, une décision contestée qui scandalise jusque dans l’administration publique

images

Par Osée Ngolo LaPlume Engagée | Actungolo.com | +243834344477

Le communiqué du Gouvernement provincial de Kinshasa annonçant la fin du moratoire sur les anciennes plaques d’immatriculation officielles (AKN) était censé incarner l’ordre, la modernisation et la sécurisation du parc automobile administratif.

Mais au lieu de rassurer, cette mesure a déclenché une vive indignation au sein même de l’administration publique urbaine, au point de pousser l’intersyndicale à sortir de son silence à travers une correspondance particulièrement accablante adressée au ministre provincial concerné.

Et à la lecture de cette lettre, une vérité saute aux yeux : ce dossier dépasse largement la simple question des plaques d’immatriculation.

Il révèle un profond malaise sur la manière dont certaines décisions sont imposées sans base consensuelle, sans préparation technique suffisante et sans considération réelle pour les difficultés que traversent déjà les agents publics de Kinshasa.

UNE RÉFORME IMPOSÉE SANS FONDEMENT CLAIR NI ÉTUDE CRÉDIBLE

Dans sa correspondance, l’intersyndicale ne rejette pas le principe de modernisation des plaques administratives. Elle reconnaît même l’importance de la sécurisation et de la traçabilité grâce au système de QR code annoncé par les autorités provinciales.

Mais là où le bât blesse, c’est sur la méthode.

Selon les représentants syndicaux, le Gouvernement provincial aurait engagé cette opération sans étude de faisabilité sérieuse, sans mécanisme transparent de supervision et sans clarification juridique suffisante quant aux compétences réelles des structures impliquées dans cette opération.

Autrement dit, l’Exécutif provincial semble avoir privilégié la précipitation politique au détriment de la rigueur administrative.

Et dans un État de droit, aucune réforme administrative ne peut reposer sur l’improvisation.

FAIRE PAYER 250 DOLLARS À DES AGENTS IMPAYÉS : LA DÉCISION DE TROP

Le point le plus explosif de cette affaire reste sans aucun doute la question financière.

Alors que de nombreux agents publics accumulent plusieurs mois d’arriérés de salaire et subissent régulièrement des retards de paiement, le Gouvernement provincial exigerait désormais des frais estimés à 250 dollars américains pour l’obtention des nouvelles plaques.

Une situation que l’intersyndicale qualifie pratiquement d’extorsion institutionnalisée.

Car comment justifier qu’un État incapable de garantir régulièrement la rémunération de ses agents puisse simultanément leur imposer des charges aussi lourdes ?

Cette contradiction fragilise considérablement le discours officiel autour de la réforme.

Une administration crédible commence d’abord par respecter ses propres travailleurs avant de leur imposer de nouvelles obligations financières.

UNE MESURE QUI EXPOSE LES AGENTS À L’HUMILIATION ET À L’INSÉCURITÉ

La décision de retrait brutal des anciennes plaques AKN risque également de provoquer des conséquences sociales et professionnelles graves.

Beaucoup de cadres et agents utilisent actuellement leurs véhicules privés pour assurer les missions de service, faute de moyens logistiques suffisants fournis par l’administration provinciale.

L’intersyndicale rappelle d’ailleurs que cette situation résulte directement de l’incapacité du Gouvernement provincial à garantir efficacement la mobilité des agents publics.

Dès lors, retirer brutalement les anciennes plaques sans accompagnement adéquat revient à pénaliser des agents qui compensent déjà, avec leurs propres moyens, les insuffisances de l’État.

Une telle approche ressemble moins à une réforme administrative qu’à une politique punitive contre ceux qui maintiennent encore les services publics debout malgré les difficultés.

UNE DANGEREUSE CONFUSION ENTRE ADMINISTRATION ET POLITIQUE

L’un des passages les plus puissants de la lettre de l’intersyndicale concerne la dénonciation de l’implication des cabinets politiques dans les opérations d’identification et de remise des nouvelles plaques.

Les syndicalistes rappellent un principe fondamental : les cabinets politiques passent, mais l’administration publique demeure.

En d’autres termes, les opérations administratives doivent être pilotées par les services techniques compétents et non par des circuits politiques susceptibles de compromettre les principes de neutralité, d’impartialité et de continuité de l’État consacrés par la Constitution.

Cette mise en garde est loin d’être anodine.

Car lorsque l’administration devient un instrument politique, la confiance des agents et des citoyens s’effondre progressivement.

LE GOUVERNEMENT PROVINCIAL FACE À UNE CRISE DE CRÉDIBILITÉ

À vouloir imposer des décisions sans dialogue social réel, l’Exécutif provincial prend aujourd’hui le risque d’ouvrir une crise plus profonde au sein de l’administration publique kinoise.

L’intersyndicale, dans sa démarche, ne fait finalement que réclamer ce qui devrait être normal dans toute gouvernance responsable :

  • la transparence ;
  • la légalité ;
  • la concertation ;
  • la protection sociale des agents ;
  • et le respect des procédures administratives.

Des exigences difficilement contestables dans un État qui se veut démocratique.

MODERNISER OUI, BRUTALISER NON

La modernisation de l’administration publique est nécessaire. Personne ne peut sérieusement s’opposer à la sécurisation des plaques administratives ou à la lutte contre les fraudes.

Mais une réforme juste ne peut pas être construite sur la précipitation, l’opacité financière et la souffrance des agents publics.

Le Gouvernement provincial de Kinshasa ferait donc mieux d’écouter le signal d’alarme lancé par l’intersyndicale avant qu’une simple contestation administrative ne se transforme en véritable crise sociale.

Car lorsqu’un pouvoir commence à ignorer ceux qui font fonctionner quotidiennement l’administration, il finit souvent par perdre le contrôle du terrain qu’il prétend gouverner.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *