Joseph Kabila : de la rébellion à la présidence, de la présidence à la rébellion — ça ne marche pas deux fois !
Écrit par Osée Ngolo LaPlume Engagée |
Journaliste et analyste politique |
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En politique, l’histoire peut offrir une seconde chance, mais elle ne garantit jamais un second sacre. Joseph Kabila semble l’apprendre à ses dépens.
Il y a des trajectoires politiques qui finissent par se transformer en pièges. Celle de Joseph Kabila est en train de prendre une tournure aussi paradoxale que préoccupante : après avoir accédé à la magistrature suprême dans le contexte de la guerre, l’ancien chef de l’État choisit aujourd’hui une voie politico-militaire pour contester le pouvoir de Kinshasa. De la rébellion à la présidence, de la présidence à la rébellion : le scénario se répète, mais les circonstances ne sont plus les mêmes. La République n’est pas une propriété privée, et le pouvoir n’est pas un héritage que l’on récupère les armes à la main !
Après dix-huit ans à la tête du pays, Joseph Kabila devrait pourtant connaître le prix du sang versé, les blessures des guerres et les conséquences des aventures politico-militaires sur le destin d’une nation. Au lieu de tirer les leçons de l’histoire, le voilà engagé dans une nouvelle confrontation dont les Congolais risquent, une fois de plus, de payer le prix. Quelle contradiction ! Celui qui a exercé le pouvoir au nom de la République semble désormais miser sur une logique qui menace de fragiliser davantage les institutions et la paix nationale.
Mais le signal le plus inquiétant pour l’ancien président vient de son propre camp. Patrick Nkanga Bekonda quitte le PPRD. Allegra Fosh Ngalula prend ses distances. India Omari et Aristote Ngarime se désolidarisent des nouvelles orientations. Marie-Ange Mushobekwa rejette la lutte armée et plaide pour le dialogue. D’autres voix refusent également de suivre cette direction. Ces départs et désolidarisations dessinent petit à petit la fin du kabilisme ; ils révèlent une fracture politique que Joseph Kabila ne peut se permettre de mépriser.
Quand ceux qui ont longtemps marché derrière vous commencent à refuser la direction que vous prenez, ce n’est plus seulement votre adversaire qui vous combat : c’est votre propre stratégie qui devient votre problème.
Voilà le véritable danger pour Kabila : en voulant reconquérir le centre du jeu politique par la force, il risque de perdre ce qui lui reste de crédibilité auprès de ceux qui croient encore à une alternative républicaine. On ne peut pas prétendre refonder la nation tout en l’exposant à de nouvelles déchirures. On ne peut pas invoquer le patriotisme si les moyens choisis risquent d’aggraver les souffrances du peuple. Et l’on ne peut pas réclamer un avenir politique au nom d’un passé présidentiel comme si dix-huit années au pouvoir conféraient un droit perpétuel à gouverner.
Le crépuscule politique de Joseph Kabila n’est pas encore une certitude, mais les signes d’un isolement possible sont là. Son plus grand adversaire pourrait ne pas être seulement le pouvoir qu’il combat, mais la contradiction entre l’ancien président qu’il fut et le chef politico-militaire qu’il choisit de devenir.
L’histoire ne repasse pas deux fois les mêmes plats. Les circonstances qui ouvrent les portes du pouvoir peuvent aussi se refermer brutalement. Et lorsqu’un ancien chef de l’État revient dans l’arène en empruntant le chemin des armes, il ne devrait pas s’étonner si ses propres compagnons refusent de le suivre.
Joseph Kabila doit comprendre une vérité fondamentale : la présidence n’est pas un trône que l’on quitte pour mieux le reprendre par la guerre. La RDC n’est pas condamnée à subir éternellement les ambitions de ses dirigeants. Elle appartient à son peuple, et son avenir ne saurait être pris en otage par la volonté d’un homme, quel que soit son passé.
De la rébellion à la présidence, de la présidence à la rébellion : ça ne marche pas deux fois. Et cette fois, le risque pour Joseph Kabila est immense : en voulant revenir par la force, il pourrait finir par tout perdre, jusqu’à ceux qui lui étaient restés fidèles, et précipiter sa propre fin politique.
